En France, on pourrait croire que la justice se montre bienveillante envers les animaux, du moins si l’on s’en tient au nombre croissant de décisions rendues en faveur du bien-être animal. Parmi les exemples les plus parlants, citons les innombrables arrêtés de régulation des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) régulièrement annulés par la justice à la demande d’associations animalistes. Dans le même temps, un chasseur ayant défendu sa vie face à un ours est traité comme un criminel en puissance. C’est ainsi, dit-on. Il faut faire avec.
Mais comment ne pas bondir à la lecture de la réquisition rendue hier dans le procès de Manuel Merlhiot, auteur du massacre de sept chiens de chasse le 16 décembre 2023 en Ardèche ? L’homme, qui avait ouvert le feu sur les animaux après qu’ils eurent poursuivi ses cochons, n’a écopé que d’une peine requise de 8 mois de prison avec sursis. Une décision qui fait grincer bien des dents.
Froidement, méthodiquement, ostensiblement, Manuel Merlhiot a abattu de sang-froid sept chiens avec une arme qu’il n’était même pas autorisé à posséder. Dans le monde de la chasse, personne n’est dupe : rien, absolument rien, ne justifiait une telle exécution. Comme l’a rappelé l’avocat des chasseurs : « Si je suis dans un état de nécessité, je ne cherche pas à abattre des chiens enragés, je cherche à me protéger. La vérité, c’est que le prévenu n’était pas en danger. Il n’y avait aucun péril imminent. »
La réquisition du procureur paraît d’une grande légèreté. Et à en juger par les réactions ce matin dans le monde cynégétique, elle ne passe pas. Pire encore : alors que les associations animalistes sont d’ordinaire promptes à se constituer partie civile dès qu’un chasseur est impliqué, aucune, à notre connaissance, n’a jugé bon de le faire dans cette affaire. La vie de sept chiens de chasse vaudrait-elle donc moins que celle de tout autre animal ?
Comble, deux des chasseurs, à la fois parties civiles et prévenus, se sont vu réclamer une amende ainsi qu’une interdiction de détention d’arme pendant un an. Et ce, alors que leurs armes étaient très probablement enregistrées au SIA, à la différence de celle utilisée par M. Merlhiot.
Une fois encore, le monde de la chasse a le sentiment d’être jugé à part. Et l’incompréhension, sinon la colère, est grande.